Mythes & Légendes

La chasse-galerie (2026) : La nuit où le canot s’est envolé

Près de Boucherville, huit amis découvrent un vieux canot et des règles étranges. Une soirée de chalet qui va se transformer en quelque chose d’impossible.
Par Léo Dorian
La chasse-Galerie : Histoire du Québec

Il y a des histoires qu’on raconte au Québec depuis tellement longtemps qu’on ne sait plus exactement d’où elles viennent. Des histoires qui changent avec le temps, qui s’adaptent aux époques, mais qui gardent toujours la même idée au fond : certaines nuits, certaines choses deviennent possibles… à condition d’accepter les règles.

Personne n’en parle sérieusement, évidemment. C’est le genre d’histoire que tu racontes en riant, tard le soir, quand la musique joue encore et que quelqu’un sort une dernière bière du frigo. Mais il suffit d’une nuit bizarre, d’une mauvaise décision et d’un peu trop de curiosité pour que la blague arrête d’être drôle.

Ce qui est arrivé à Simon et ses amis, cet hiver-là, près des îles de Boucherville, aurait probablement dû rester une simple soirée de chalet. Une de ces fins de semaine où tu oublies Montréal pendant deux jours, où tu coupes ton cellulaire et où tu te dis que la vraie vie attendra lundi.

Mais cette nuit-là, quelque chose d’autre attendait.

Et ça n’attendait pas lundi.

Pt. 1 - Une soirée de chalet comme les autres

Ils étaient huit dans le chalet : Simon, Malik, Étienne, Fred, Alex, Chloé, Max et Jay. Tous dans la vingtaine. Des amis qui se connaissaient depuis le secondaire pour la plupart, avec quelques nouveaux qui s’étaient ajoutés au fil des années. Le chalet appartenait au cousin d’Étienne, un vieux bâtiment en bois perdu près des marais de Boucherville, juste assez loin de la ville pour que le silence devienne presque étrange.

Vers deux heures du matin, la soirée avait déjà bien avancé. La musique jouait encore dans le salon, la table était pleine de verres et de canettes, et la neige s’accumulait tranquillement contre les fenêtres.

Simon était assis dans la cuisine, le téléphone à la main, à fixer son écran avec une expression que tout le monde reconnaît. Ce mélange de frustration et de jalousie que les réseaux sociaux savent provoquer mieux que personne.

Sur Snapchat, il venait de voir une story de sa blonde. Ou plutôt… de son ex-blonde.

Elle était dans un bar à Montréal. Lumières violettes, musique trop forte, verre à la main… et surtout un gars collé à côté d’elle, sourire trop confiant pour être innocent.

Malik a regardé l’écran par-dessus son épaule.

« Ouch. »

Simon a soupiré et a verrouillé son téléphone.

« J’te jure… Montréal est à vingt minutes d’ici et je peux même pas aller lui dire deux mots. »

Fred a éclaté de rire.

« Bro, t’es en plein milieu d’un marais gelé. À pied tu vas mourir avant Boucherville. »

La discussion aurait dû mourir là. Une autre blague de soirée, un autre moment ridicule qui se perd dans la nuit.

Mais Jay, qui regardait par la fenêtre depuis quelques minutes, a soudainement parlé.

« Les gars… c’est quoi ça dehors ? »

Pt. 2 - Les règles de la nuit

Derrière le chalet, la neige formait une épaisse couche blanche qui descendait doucement vers le fleuve. Le vent balayait la glace et le brouillard flottait entre les îles comme une fumée lente qui avançait au-dessus de l’eau gelée.

Et juste là, à moitié enfoui dans la neige, il y avait un vieux canot.

Un vrai canot en bois sombre, usé par le temps. Pas un kayak moderne ni un truc de sport. Un modèle qui semblait venir d’une autre époque, comme s’il avait été oublié là depuis des années.

Max lui a donné un petit coup de pied.

« C’est quoi ce truc-là… il était pas là tantôt. »

Étienne a haussé les épaules.

« Peut-être le voisin… »

Mais tout le monde savait qu’il n’y avait pas de voisin. Le chalet le plus proche était à presque un kilomètre, caché derrière les arbres et les marais.

Jay, lui, observait le canot avec un petit sourire étrange.

« Mon grand-père racontait une histoire là-dessus. »

Simon a levé les yeux au ciel.

« Please… pas une histoire de fantôme. »

Jay s’est assis sur le bord du canot, la neige craquant sous ses bottes.

« Pas un fantôme. Un moyen de voyager. »

Les autres ont ri, pensant à une blague de plus. Mais Jay ne riait pas. Il leur a expliqué les règles comme s’il récitait quelque chose qu’il connaissait depuis longtemps.

Si le canot s’envole, il peut les emmener n’importe où pendant la nuit. Vraiment n’importe où. Montréal, Québec, l’autre bout du fleuve… peu importe la distance.

Mais il y a des conditions.

Ne jamais regarder derrière le canot pendant le vol.
Ne jamais demander qui les transporte.
Et surtout… ne jamais prononcer un certain nom.

Malik a levé un sourcil.

« Quel nom ? »

Jay a hésité une seconde avant de répondre.

« Donald J. Trump. »

Un silence est tombé sur le groupe.

Puis Fred a éclaté de rire.

« T’es sérieux ? »

Jay a simplement haussé les épaules.

« Je dis juste… c’est la règle. »

Pt. 3 - Les règles de la nuit

Au début, personne n’y croyait vraiment. C’était exactement le genre d’idée stupide qui naît à deux heures du matin, quand la soirée est déjà bien avancée et que plus personne ne veut être celui qui dit d’arrêter. Mais comme souvent dans ces moments-là, la curiosité finit par prendre le dessus. En riant, en filmant la scène avec leurs téléphones comme si tout ça n’était qu’un défi ridicule pour une story, ils ont tiré le vieux canot jusqu’à la glace du fleuve.

Le vent soufflait fort cette nuit-là et le Saint-Laurent semblait respirer sous la glace. Le brouillard flottait entre les îles de Boucherville tandis que les lumières de Montréal brillaient au loin. Huit personnes se sont entassées dans le vieux canot qui grinçait sous leur poids. Jay leur a fait répéter les paroles du pacte qu’il disait connaître. Personne n’a vraiment compris pourquoi… mais personne n’a voulu être celui qui refusait.

Pendant quelques secondes, il ne s’est rien passé. Puis le vent a changé. Pas une rafale normale, mais un mouvement circulaire, comme si l’air tournait autour d’eux. La glace sous le canot a craqué, le bois a glissé doucement… puis il n’a plus touché la surface du fleuve du tout.

Le Saint-Laurent s’éloignait sous eux. Les îles devenaient petites, et Montréal brillait maintenant comme une mer de lumières dans la nuit. Personne ne riait. Simon a senti son estomac se serrer alors que le canot prenait de la vitesse dans le ciel.

Fred a murmuré, la voix tremblante :

« Les gars… on est dans les airs. »

En quelques secondes, le fleuve, les ponts et les routes défilaient sous eux à une vitesse impossible. La peur s’est transformée en euphorie pure. Ils criaient, riaient, incapables de croire ce qu’ils voyaient.

Puis Malik a regardé son téléphone. La story de l’ex de Simon était encore ouverte : le bar, les lumières violettes, la musique… et le gars à côté d’elle. Malik a levé les yeux vers Simon avec un sourire.

« Tu sais quoi ? Montréal est à genre… cinq minutes maintenant. »

Et c’est à ce moment-là que le canot a commencé à tourner. Pas doucement, mais comme si quelque chose venait d’entendre la conversation… et avait décidé de changer de destination.

À suivre dans la Partie 2.