Mythes & Légendes

La chasse-galerie (2026) - Partie 2

Alors que le canot vole vers Montréal, Simon et ses amis réalisent que quelque chose les suit dans le brouillard au-dessus du fleuve Saint-Laurent.
Par Léo Dorian

Il y a un moment étrange dans certaines histoires. Un moment très court où tout semble encore possible, où l’on se dit que la situation va sûrement redevenir normale d’une seconde à l’autre.

Pendant quelques minutes, c’est exactement ce que Simon et ses amis ont cru. Le canot avait décollé. Le fleuve s’était éloigné sous leurs pieds, et Montréal brillait devant eux comme une mer de lumières au milieu de la nuit. Le vent sifflait autour du bois, l’air était glacial, et la ville semblait se rapprocher à une vitesse impossible.

Au début, c’était même… incroyable. Pendant quelques minutes, ils avaient oublié les règles. Le pacte. Et la raison pour laquelle ils se retrouvaient soudainement à voler au-dessus du Saint-Laurent dans un vieux canot de bois apparu au milieu de la neige.

Mais certaines nuits ne pardonnent pas les erreurs. Et certaines règles existent pour une raison.

La ville sous leurs pieds

Le vent sifflait autour du vieux canot tandis que Montréal se rapprochait à une vitesse impossible. Sous leurs pieds, le fleuve Saint-Laurent glissait dans l’obscurité comme une immense route noire, et les ponts qui reliaient la ville à la Rive-Sud ressemblaient maintenant à des lignes de lumière suspendues dans la nuit. Les phares des voitures formaient de longues rivières blanches qui traversaient l’autoroute, minuscules vues de si haut.

Personne ne parlait pendant quelques secondes.

Les téléphones étaient encore dans leurs mains, mais personne ne filmait plus. Ce qui se passait autour d’eux semblait soudainement trop réel pour être une simple story.

Max, lui, n’arrivait toujours pas à arrêter de rire.

« C’est impossible… c’est impossible… »

Fred regardait le fleuve qui disparaissait derrière eux, les doigts serrés sur le bord du canot.

« Les gars… on est vraiment en train de voler. »

Simon, lui, ne regardait ni le fleuve ni ses amis. Ses yeux étaient fixés sur Montréal. Les gratte-ciel du centre-ville brillaient maintenant juste devant eux, et quelque part dans cette mer de lumières, dans un bar rempli de musique et de néons violets, son ex était probablement encore en train de rire avec le gars qu’il avait vu sur Snapchat.

Malik a pointé la ville du doigt.

« Cinq minutes, bro. Maximum. »

Le canot a accéléré. Et pendant une seconde, tout le monde a cru que ça allait vraiment fonctionner.

Le premier avertissement

Le canot avançait maintenant au-dessus du fleuve comme s’il suivait une route invisible dans le ciel. Sous eux, les lumières du pont Jacques-Cartier approchaient lentement, dessinant une ligne rouge et blanche au-dessus de l’eau noire. Le vent sifflait toujours autour du bois, mais quelque chose dans l’air avait changé.

Jay a été le premier à le sentir.

Ce n’était pas un bruit. Pas un mouvement précis. Plutôt une impression étrange, comme lorsque quelqu’un entre dans une pièce sans parler et que tout le monde le remarque quand même.

Il a regardé autour de lui, le visage soudainement beaucoup plus sérieux.

« Les gars… »

Mais personne ne l’écoutait vraiment.

Alex regardait les lumières du pont qui se rapprochaient. Chloé riait encore nerveusement, incapable de croire ce qui se passait. Max répétait que personne n’allait croire cette histoire et que leur vidéo allait exploser sur TikTok. Puis le canot a ralenti. Pas doucement. Pas progressivement. Comme si quelque chose avait tiré sur un frein invisible.

Le vent a changé de direction et le brouillard est revenu autour d’eux, plus épais maintenant, glissant entre les lumières de la ville comme une fumée vivante.

Jay s’est redressé dans le canot.

« Personne regarde derrière. »

Un silence est tombé immédiatement. Parce que tout le monde venait de comprendre la même chose. Depuis le décollage, personne n’avait reparlé de la règle.

Derrière eux

Pendant quelques secondes, personne n’a bougé. Le canot continuait de glisser dans le ciel au-dessus du fleuve, mais quelque chose dans l’air avait changé. Le vent sifflait toujours autour du bois, sauf que maintenant il semblait tourner autour d’eux au lieu de simplement les pousser vers Montréal. Derrière le canot, le brouillard avait commencé à avaler lentement les lumières du pont Jacques-Cartier, comme si la nuit refermait doucement le chemin qu’ils venaient de parcourir.

Fred a été le premier à céder.

Au début, ce n’était qu’un réflexe. Il a simplement tourné la tête pour regarder derrière le canot, une seconde à peine, peut-être moins. Mais Simon a vu son visage changer immédiatement. La couleur avait quitté ses joues et ses yeux restaient fixés dans l’obscurité, comme s’il essayait de comprendre quelque chose que son cerveau refusait d’accepter.

« Quoi ? »

Fred n’a pas répondu tout de suite. Malik s’est penché vers lui, inquiet.

« Bro… parle. »

Fred a avalé difficilement avant de murmurer :

« On n’est pas seuls. »

Le canot a alors tourné légèrement dans les airs, presque imperceptiblement, puis une deuxième fois. Pas comme si quelqu’un ramait ou essayait de changer de direction, mais plutôt comme si quelque chose, quelque part dans la nuit, venait de se rapprocher d’eux.

Pendant quelques secondes, personne n’a osé regarder derrière. Le brouillard était maintenant plus épais au-dessus du fleuve, et les lumières de Montréal semblaient soudainement beaucoup plus loin qu’avant.

Puis ils ont entendu le bruit.

Un bruit lent.

Un bruit de bois qui glisse dans le vent.

Et quelque part dans la brume derrière eux, avançant à la même vitesse que leur propre embarcation, un autre canot était en train de les suivre.

La chasse-galerie (2026) La Partie 3 arrive jeudi prochain Quelque chose suit le canot dans le brouillard au-dessus du fleuve. Et cette fois, les règles pourraient ne plus suffire à les protéger.