Un court métrage québécois peut-il encore surprendre Hollywood ? Avec La jeune fille qui pleurait des perles, la réponse semble être oui.
Réalisé par les cinéastes montréalais Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, ce film d’animation image par image a remporté l’Oscar du meilleur court métrage d’animation en 2026. Une victoire qui place une nouvelle fois Montréal sur la carte mondiale de l’animation.
Produit par Office national du film du Canada et disponible notamment sur Crave, ce court métrage de 17 minutes mélange poésie, tragédie et conte moral dans une œuvre visuellement marquante. Mais derrière la récompense hollywoodienne se cache surtout une histoire surprenante… et un film qui aura demandé près de cinq ans de travail minutieux.
Une histoire sombre entre conte et tragédie
Le film débute dans un appartement bourgeois de Paris. Une jeune fille y découvre le secret de son grand-père, qui lui raconte une histoire remontant à son enfance à Montréal, dans le quartier Saint-Henri.
À l’époque, le narrateur est un jeune garçon pauvre qui survit en dormant dans la rue ou dans des bâtiments abandonnés. À travers un trou dans le mur d’une maison voisine, il observe la vie d’une famille : un père fragile, une belle-mère violente et une jeune fille maltraitée.
Chaque soir, les disputes et la violence se répètent. Jusqu’à une nuit étrange. Alors que la jeune fille pleure dans son sommeil, ses larmes se transforment mystérieusement… en perles. Intrigué, le garçon récupère ces perles et les apporte à un prêteur sur gages du quartier. D’abord sceptique, l’homme découvre rapidement que ces perles possèdent une pureté exceptionnelle.
Une mécanique étrange se met alors en place : plus la jeune fille souffre, plus le garçon peut rapporter de perles et gagner de l’argent.
Le récit prend alors la forme d’un dilemme moral cruel : doit-il profiter de cette richesse… ou espérer que la jeune fille cesse de pleurer ?
Source : ONFUn film d’animation façonné pendant cinq ans
Si La jeune fille qui pleurait des perles impressionne autant, c’est aussi par sa méthode de fabrication.
Le film a été réalisé en animation image par image (stop-motion), une technique où chaque mouvement des marionnettes est photographié image par image.
Les réalisateurs ont construit eux-mêmes :
- les décors
- les marionnettes
- les costumes
- l’éclairage miniature
Selon l’acteur James Hyndman, qui prête sa voix au narrateur, le processus était d’une précision extrême. Dans certaines journées de travail, les cinéastes passaient plusieurs heures à fabriquer un seul élément de décor, comme la manche d’un veston ou un morceau de tissu.
Ce niveau de détail explique pourquoi la production du film a pris près de cinq ans, un investissement artistique rarement possible dans l’industrie commerciale traditionnelle. La musique originale est signée par Patrick Watson, reconnu notamment pour ses collaborations avec la chanteuse québécoise Charlotte Cardin.
Pourquoi ce court métrage fait autant parler
La victoire du film aux Oscars marque une étape importante pour l’animation canadienne. Depuis sa création, l’Office national du film du Canada cumule des dizaines de nominations aux Oscars, mais chaque nouvelle récompense rappelle le rôle unique de cette institution dans la production d’œuvres artistiques ambitieuses.
Pour les réalisateurs Lavis et Szczerbowski, ce succès s’inscrit dans une continuité. Les deux cinéastes avaient déjà été nommés aux Oscars en 2008 pour leur court métrage Madame Tutli-Putli, devenu culte dans le milieu de l’animation. Dans plusieurs entrevues, ils ont également décrit La jeune fille qui pleurait des perles comme une véritable lettre d’amour à Montréal, leur ville d’adoption.
Malgré son décor parisien au début du film, l’histoire plonge profondément dans l’imaginaire montréalais du début du 20ᵉ siècle.
Source : ONFOù voir La jeune fille qui pleurait des perles
Bonne nouvelle pour les curieux : le court métrage est accessible gratuitement en ligne.
Le film peut notamment être visionné :
- sur la plateforme Crave
- sur le site de Office national du film du Canada
- sur YouTube, où il cumule déjà plusieurs centaines de milliers de vues.
Avec sa narration poétique, son animation artisanale et son histoire à la fois magique et tragique, La jeune fille qui pleurait des perles s’impose comme l’un des courts métrages québécois les plus marquants de ces dernières années.
Et pour plusieurs observateurs, cette récompense confirme une chose :
Montréal demeure l’un des pôles créatifs les plus importants au monde en matière d’animation.
















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