Lancer un média aujourd’hui, c’est aller à contre-courant… À l’heure où les plateformes dominent la distribution et fragmentent l’attention, Émile Roy fait un choix inverse : ralentir. Avec Réunir, il mise sur un contenu plus exigeant, moins dépendant des logiques algorithmiques. Un pari risqué, mais peut-être nécessaire.
Les nouveaux médias numériques : Un modèle à l’opposé du marché
Le modèle dominant est simple : formats courts, viralité, volume. Réunir propose l’inverse. Des contenus plus longs, plus construits, pensés pour être regardés, pas simplement consommés.
Mais ce choix implique un coût immédiat : moins de visibilité, moins de croissance rapide.
C’est un pari sur le long terme dans un écosystème court-termiste.
Pourquoi ces milliardaires sont devenus TrumpisteUn marché de l’information numériquer dominé par la vitesse
Les données confirment cette tension. Au Québec, les médias sociaux représentent environ 64 % du visionnement en ligne, loin devant les services par abonnement (30 %) ou les plateformes gratuites (1 %).
Dans le même temps, la télévision traditionnelle reste dominante chez les adultes : 79 % du temps d’écoute en 2025 chez les francophones, selon Numeris (relayé par La Presse).
Mais cette domination repose surtout sur les publics plus âgés. Chez les 18–34 ans, l’écart se réduit fortement (55 % télévision vs 45 % plateformes). Le basculement est en cours, mais il ne profite pas aux formats longs.
Rapport sur le marché des communications - CRTCLe vrai enjeu de la nouvelle génération : financer la rigueur
Le défi principal reste économique! Comme le souligne Patrice Roy lors d’une interview publié le 17 mai 2025, sur les ondes Radio-Canada, le journalisme repose historiquement sur des structures financées (Radio-Canada, presse écrite). Ce modèle permet d’assurer vérification, rigueur et continuité.
Or, dans le numérique, ces structures n’existent presque plus. Les créateurs publient sur des plateformes non subventionnées, dépendantes de la publicité et des algorithmes.
👉 Résultat : plus de contenu, mais moins de moyens pour vérifier
Dans un environnement marqué par la désinformation et l’intelligence artificielle, la question devient centrale : Qui finance un contenu fiable ?
C’est précisément là que se situe le pari d’Émile Roy.
Un modèle à l’épreuve du réel
Réunir ne cherche pas à battre les plateformes sur leur terrain.
Le projet fait un pari plus risqué : ralentir dans un écosystème qui accélère, approfondir là où tout se simplifie.
Mais dans un marché structuré par les algorithmes, une question demeure : Peut-on encore exister sans s’y soumettre, ou faut-il, tôt ou tard, composer avec eux ?


















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